Aimer, Semer, Essaimer
Le Maquis de Safre est un lieu collectif intergénérationnel d’habitat et d’activités, situé à Frontenaud en Saône-et-Loire, aux portes du Jura et de l’Ain, sur un terrain de 4 hectares arborés agrémenté de 2 grandes longères bressanes en cours de rénovation.

Les valeurs du Maquis de Safre
Le collectif est composé à ce jour de trois foyers (6 adultes et 4 enfants, bientôt 5) issus d’une même famille, et est en voie d’élargissement à des personnes extérieures. Sa raison d’être est « Aimer, Semer et Essaimer ».
- Aimer : prendre soin de soi, des autres, du vivant dans la joie, la gratitude et l’enthousiasme
- Semer : dans la terre et dans les esprits, vergers, jardins, expérimentations et idées nouvelles
- Essaimer : transmettre, infuser, diffuser et participer au maillage alternatif du territoire.
Les habitants se retrouvent autour de valeurs d’écologie, de recherche de sobriété et de résilience, de partage de savoirs, de savoir-faire et de faire-ensemble, d’autonomie et de liberté. Dans les élans de création de ce collectif, l’envie de prendre soin ensemble des enfants (d’après l’adage selon lequel il faut un village pour élever un enfant) et également d’accompagner les aînés à mesure qu’ils avancent en âge.

Rénovation et habitat légers
Le lieu est acquis en 2020, pour 150 000 € en fonds propres, par l’ensemble des membres adultes actuels du Maquis sous la forme d’une SCI. Des aménagements progressifs et échelonnés étaient planifiés au gré de l’avancée des travaux… Mais tout s’accélère finalement avec l’envie d’être rapidement sur place.
Avant de lancer des travaux de grande ampleur pour rénover les 2 bâtisses anciennement agricoles (l’une de 1900 en briques et l’autre du XVIIe siècle à pans de bois), la première année est consacrée à la plantation de plusieurs centaines d’arbres, puis à la construction et à l’aménagement d’habitats légers pour ses habitants.
Aujourd’hui, les travaux sont toujours en cours, essentiellement en auto-construction. Ponctuellement, des chantiers participatifs d’écoconstruction sont organisés et le lieu accueille régulièrement des personnes pour des séjours plus ou moins longs, par le biais notamment de la Coopérative Oasis, du réseau Twiza et HelpX. Le lieu accueille également des événements culturels.

Temps pour tous et temps pour soi
La vie au Maquis de Safre s’organise autour de temps en collectif, en famille (par foyer) et pour soi. Le collectif se réunit lors de repas, de chantiers communs, de temps de convivialité (musique, jeux etc.). Des temps de réunions plus formels sont également organisés.
Une réunion bi-mensuelle réunit l’ensemble des adultes du Maquis. Par ailleurs, des commissions ont été formées (travaux, communication et accueil, finances, extérieurs et jardins) qui se réunissent sur une base régulière. Une fois par an, un temps est consacré à revisiter la vision du lieu et les différents processus (d’intégration notamment).
Architecte, couvreur zingueur, traducteur, juriste, psychothérapeute, éducatrice et gérant de chambres d’hôtes…sont autant d’expériences professionnelles (pour certaines maintenues à temps partiel en tant qu’indépendant.e.s) qui permettent au groupe de profiter d’une transversalité de savoir-faire dans leur projet.
Les 4 enfants, Maël, Aubin, Noé et Orion, nés entre 2015 et 2023, sont scolarisés à l’école du village ou vont chez une nounou. Ils participent aux activités sur place, construisent des cabanes ou partent à la découverte des environs (pêche, vélo…).

L’ancrage dans le territoire
Le désir de participer à la transformation du territoire s’est traduit par la création d’une association, “les Bifurqués”, laquelle rassemble un écosystème d’écolieux et d’amis autour de Frontenaud. Les Bifurqués organisent régulièrement des chantiers collectifs itinérants, des évènements culturels et conviviaux, des partages de savoirs et mutualisent outils et compétences. Une deuxième association, “SafraSens”, a vu le jour au Maquis de Safre en 2024 pour porter spécifiquement les activités du lieu :
- Des activités agricoles avec la plantation et la production de fruits et de légumes, dans une optique d’autoconsommation et à terme de vente, troc, autocueillette ;
- Des activités d’animation et de formation (facilitation graphique, immersion Oasis, cueillette et transformation de plantes sauvages, agroforesterie successionnelle / syntropie…) ;
- Des activités culturelles (spectacles, concerts, résidences d’artistes…) et
- De l’accueil (habitats insolites, camping à la ferme, immersions Oasis, stages…)

L’implication dans le réseau des oasis
Une des cofondatrices, Maïté, est Compagnon Oasis depuis le début du programme en 2016 et participe à la Pépinière Oasis en tant que mentor depuis 2021. Les liens entre la Coopérative et l’ensemble du Maquis de Safre se sont renforcés au fil des visites de Voyages Oasis et de ses séjours d’immersion (depuis 2024).
Le Maquis de Safre est sociétaire de la Coopérative Oasis et fait appel à son expertise pour le soutenir.

Qu’est-ce qu’une oasis ?
Le Manifeste des Oasis 2023
Depuis ses débuts, le Mouvement Colibris dénonce l’incendie qui se propage partout et qui est de plus en plus visible. Les pleins pouvoirs de l’argent et une vision utilitariste du vivant, incluant l’exploitation de l’humain par l’humain, ont déclenché une prédation des ressources naturelles qui met aujourd’hui en danger la vie sous toutes ses formes. L’incendie se propage très vite, notamment à cause de l’uniformisation des espaces, des cultures et du vivant, mais aussi des bouleversements climatiques.
Transformer nos modes de vie pour éteindre l’incendie
Face à cet incendie, nous dénonçons le solutionnisme technologique, c’est-à-dire la croyance que les solutions sont à chercher d’abord dans la croissance économique et technologique, car il déresponsabilise et illusionne. Nous avons la conviction que c’est dans l’engagement de chacune et chacun et dans une organisation différente de la société que s’inventeront des modes de vie et de travail plus sobres, écologiques et solidaires.
L’avenir de l’humanité passe par des solutions basées sur le vivant
Nous assumons une posture radicale : nous cherchons à aller à la source du problème. Parce que nous sommes convaincus que la transformation de la société se nourrit de la transformation individuelle, le changement humain est au cœur de notre raison d’être. « Faire sa part », c’est cultiver en nous, et autour de nous, la bienveillance, la générosité, l’empathie, la solidarité ; c’est s’engager dans une remise en question de nos modes de vie ; c’est, enfin, se relier aux autres et participer à transformer collectivement notre quartier, notre commune et notre territoire.
C’est grâce à la diversité que les êtres vivants ont su élaborer au cours des millénaires des stratégies efficientes face aux bouleversements de l’environnement. La transition doit s’appuyer sur cette richesse des liens et des interdépendances entre les populations avec leurs milieux et les ressources naturelles. En conséquence, nous œuvrons avec d’autres à promouvoir un mode de vie plus sobre qui satisfait les besoins essentiels de toutes et tous, sans hypothéquer ceux des générations à venir.
Nous bâtissons de nouveaux communs, et contribuons à d’autres. Nous répondons à nos besoins de base en cherchant un équilibre avec le reste du vivant, et là où nous le pouvons, nous utilisons nos compétences humaines pour réparer et reconstruire ce qui a été détruit ou endommagé. Dans ces espaces, nous nous rassemblons autour d’une ressource, qu’elle soit matérielle ou immatérielle, pour partager son usage, garantir sa pérennité et ainsi soutenir son existence comme nos projets. Nous le faisons avec l’envie de renforcer le pouvoir d’agir, au lieu de penser ou de faire à la place.
L’action locale comme source d’un changement global
Si les crises climatiques, écologiques et sociales, rendent nos défis immenses, agir en faisant sa part permet à chacune et chacun d’être acteur.rice des mutations globales. C’est à l’échelle du bassin de vie que les citoyennes et citoyens et les collectifs ont la plus grande chance d’interagir et de maîtriser les processus initiés sans attendre le «grand soir”. Nous pensons donc que l’échelle locale est celle qui permet d’initier de profondes transformations pour protéger les territoires, les écosystèmes, les cultures et favoriser une bascule de notre société. De plus, ces actions locales nourrissent et aiguillonnent les grandes mutations à engager dans le pays, en Europe et dans le monde.
La légende du colibri a encouragé des millions de personnes à s’engager, à “faire leur part”, dans des actions qui sont essentiellement collectives et locales. Nous veillons à n’oublier personne sur ce chemin de transformation, notamment les plus précaires d’entre nous, afin que les transitions écologiques et sociales se conjuguent. Nous souhaitons que l’avenir s’écrive avec chacune et chacun.
Respecter la diversité humaine et préserver les liens collectifs
Parce que nous sommes convaincus que nous faisons toutes et tous partie de la solution, nous expérimentons quotidiennement de nouveaux chemins grâce à l’intelligence collective. Notre posture est d’accueillir les différences et mêmes les divergences, de veiller au maintien des liens humains ou à leur restauration. Nous veillons au respect de la singularité des êtres vivants, pour que cette reliance soit source d’enrichissement et de justice sociale.
Nous croyons qu’il faut inviter chacune et chacun à s’engager à son niveau et à construire sa propre vision du monde, nourrie d’espaces collectifs de réflexion et de coopération. Nous cultivons une réponse non violente face aux crises et nous réfutons le prosélytisme, les visions unilatérales et le prêt-à-penser simpliste et manichéen. Nous croyons important d’agir, chaque fois que possible, « avec » plutôt que « contre », même si nous apportons notre soutien à la dénonciation des atteintes aux personnes et au vivant, ainsi qu’à des formes pacifiques et collectives de désobéissance.
Notre interdépendance est parfois notre difficulté, mais elle est assurément notre force.
